C’est tout naturellement que les créateurs d’imaginaires ont puisé dans les mythes ancestraux, les revisitant sans cesse. Le mythe du vampire n’échappe pas à la règle. Issu de la mythologie roumaine et, plus particulièrement du mythe du « Strigoï » (CF : Adrian Cremene), il a bien sûr nettement inspiré Bram Stoker dans l’élaboration de son Dracula. Mais ce personnage victorien, devenu légendaire, n’occulte-t-il pas le mythe originel ?

Dans son roman « Les Compagnons d’HeLa », Manou Chintesco dépouille les vampires de leurs atours judéo-chrétiens et les débarrasse enfin de la redondante mauvaise conscience moralisatrice dont ils sont généralement affublés en littérature. Les vampires de Manou Chintesco ne regrettent pas leur vie de mortels, bien au contraire. Ils ne sont ni damnés ni enclins aux remords. Avoir été célèbres durant leur première existence est un handicap de taille qui les met au supplice. L’un, parce qu’il reste hanté par de vieilles obsessions, l’autre parce qu’il aimerait juste oublier son ancienne identité. Ouvrage de pur romantisme noir, « Les Compagnons d’HeLa » peut être considéré comme une uchronie doublée d’une métaphore psychanalytique. Un postulat original : faire l’analogie conscient/inconscient - immortalité/mortalité.

Les cellules HeLa : Comme l'avait observé Alexis Carrel, les cellules tumorales ont une vitalité accrue qui facilite leur culture et les cellules les plus malignes poussent mieux que celles qui le sont moins. Des lignées de cellules peuvent être ainsi entretenues "immortalisées" pendant des années ou même des décennies, comme les cellules HeLa provenant du cancer d'une malade américaine, Henrietta Lacks – morte en 1951 – qui leur a donné leur nom (à partir des deux premières lettres de ses prénom et nom).